À propos de votre prise de parole sur les législatives du 11 janvier 2026 au Bénin

Monsieur,

Vous avez récemment diffusé une vidéo dans laquelle vous analysez les élections législatives du 11 janvier 2026 au Bénin, qualifiant l’Assemblée nationale issue des urnes de « parlement monocolore » et présentant le parti Les Démocrates comme l’« alibi » ayant permis cette configuration institutionnelle. Une telle prise de position appelle une réponse, non par passion, mais par exigence de rigueur démocratique et de cohérence politique.

Sur la participation électorale que vous assimilez à une caution du pouvoir

Vous affirmez que participer à un scrutin dans un cadre institutionnel que vous jugez verrouillé reviendrait à valider une imposture démocratique. Cette thèse pose un problème fondamental : elle nie la responsabilité politique des acteurs et dévalorise par principe l’acte électoral, pourtant au cœur de toute démocratie, même imparfaite. Les règles électorales en vigueur au Bénin étaient connues avant le scrutin. Les partis ont fait le choix souverain d’y participer. Les électeurs ont exercé leur droit de vote.

Transformer a posteriori une défaite électorale en preuve d’un complot systémique revient à substituer un récit militant au verdict des urnes.

Sur le seuil électoral présenté comme une « machine à exclure »

Vous évoquez un dispositif conçu pour éliminer toute opposition. Or, les résultats montrent que ce seuil n’a pas effacé des majorités existantes, mais qu’il a sanctionné une insuffisance de représentativité nationale. Dans plusieurs circonscriptions clés, y compris celles présentées comme acquises à l’opposition, les partis concernés n’ont pas obtenu la majorité relative des suffrages exprimés. Le seuil n’a pas créé la défaite ; il l’a entérinée juridiquement.

Sur votre posture de donneur de leçons démocratiques

Votre discours se veut celui d’un défenseur intransigeant du pluralisme et des libertés. Il est cependant difficile de ne pas relever une contradiction majeure. Vous avez, par le passé, entretenu des relations politiques et institutionnelles avec des régimes dont la conception de la démocratie est régulièrement critiquée, notamment au Togo, pays dont les pratiques électorales et le fonctionnement politique font l’objet de nombreux rapports et observations internationales. Cette réalité n’invalide pas votre droit à la parole, mais elle relativise la portée morale des leçons que vous distribuez aujourd’hui.

Sur la dissidence et la communication politique radicale

Vous invoquez des figures et des causes légitimes, notamment celle de Reckya Madougou, pour illustrer l’étouffement de l’espace démocratique. Mais il est également de notoriété publique que vous avez été associé à des projets de communication politique offensive, dont l’initiative dite « Brisons le silence », envisagée avec Comlan Hugues Sossoukpe et d’autres activistes. Présentée comme une campagne citoyenne, cette démarche était perçue par de nombreux observateurs comme une stratégie de délégitimation informationnelle, visant à influencer l’opinion par des récits orientés, indépendamment du processus électoral lui-même. Il est pour le moins paradoxal de dénoncer la manipulation institutionnelle tout en flirtant avec les méthodes de la guerre informationnelle.

Sur le peuple que vous dites trahi

Vous parlez au nom du peuple, mais vous refusez d’entendre ce qu’il a exprimé dans les urnes. Le peuple béninois n’est ni une abstraction ni un prétexte rhétorique. Il a voté. Il a comparé des offres politiques. Il a tranché. Ce choix peut être contesté politiquement, mais il ne peut être nié sans affaiblir le principe même de souveraineté populaire.

Monsieur Omar Arouna,

La démocratie ne se renforce pas par la disqualification systématique du vote lorsque celui-ci ne correspond pas à un agenda militant. Elle se consolide par la cohérence, la constance et l’honnêteté intellectuelle. Avant de qualifier les uns de figurants et les autres de bourreaux, il serait utile d’assumer pleinement son propre parcours, ses alliances passées et les stratégies auxquelles on a contribué. Le débat démocratique béninois mérite mieux que des procès d’intention rétrospectifs. Il mérite de la clarté, de la responsabilité et du respect pour le verdict des urnes.

Veuillez croire, Monsieur, à l’expression d’une interpellation républicaine.

SOUNON Karim

« Nous ne vous laisserons plus mentir longtemps. À bon entendeur, salut. »