Acteur majeur du développement de partenariats stratégiques en Afrique, Shady Khairallah dirige le cabinet Zeltran et accompagne depuis plus de quinze ans les États, investisseurs et entreprises dans la structuration de projets liés à la transformation numérique. Dans cet entretien, il partage sa vision du digital, revient sur le projet CARIA, l’intelligence artificielle, la jeunesse africaine et son rôle souvent qualifié d’« homme de l’ombre » ou encore de « Magicien ».

 

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis entrepreneur, dirigeant du cabinet d’affaires Zeltran et acteur engagé depuis plus de quinze ans dans le développement de partenariats stratégiques entre institutions publiques, investisseurs et entreprises technologiques. Mon travail consiste à créer des passerelles entre les besoins des États africains et les solutions capables d’accélérer leur transformation économique et numérique.

Quelle est votre vision de la transformation digitale en Afrique ?

La transformation digitale ne consiste pas simplement à acheter des équipements ou déployer des réseaux. Elle consiste à bâtir un écosystème complet où les infrastructures, les talents, les administrations, les entreprises et les investisseurs évoluent ensemble. L’Afrique dispose d’un avantage exceptionnel : sa jeunesse. En investissant dans les compétences numériques, l’intelligence artificielle, la souveraineté technologique et l’innovation, le continent peut devenir l’un des moteurs de la croissance mondiale de demain.

Quels sont selon vous les secteurs prioritaires pour accélérer cette transformation ?

La santé, l’éducation, l’administration publique, les services financiers et l’entrepreneuriat. Ce sont des secteurs qui touchent directement la vie des citoyens. La télémédecine peut rapprocher les soins des populations éloignées, les plateformes numériques peuvent démocratiser l’éducation, tandis que la digitalisation des administrations améliore la transparence et l’efficacité des services publics.

Vous êtes impliqué dans plusieurs projets d’infrastructures numériques. Pourquoi ce choix ?

Parce qu’il n’existe pas d’économie numérique performante sans infrastructures adaptées. Les incubateurs, les cyberparcs, les centres de données, les plateformes de formation et les centres d’innovation sont devenus des infrastructures stratégiques au même titre que les routes ou les ports. Ils permettent de créer un environnement favorable à l’émergence des talents africains et à la création d’entreprises capables de répondre aux défis du continent.

Le projet CARIA est souvent cité parmi vos initiatives. Quelle est son ambition ?

Le projet CARIA a pour ambition de créer un écosystème numérique souverain dédié à l’accompagnement des startups, des innovateurs et des jeunes entrepreneurs. L’objectif est de fournir un environnement complet intégrant formation, incubation, mentorat, innovation, accès au financement et ouverture vers les marchés internationaux afin de permettre aux talents africains de développer leurs projets localement.

Quel rôle l’intelligence artificielle peut-elle jouer dans le développement du continent ?

L’intelligence artificielle représente une opportunité majeure pour l’Afrique. Elle peut améliorer l’accès aux soins, optimiser l’agriculture, moderniser les administrations, renforcer l’éducation et accélérer l’inclusion financière. L’enjeu n’est pas seulement d’utiliser l’IA, mais de former une génération d’experts africains capables de concevoir leurs propres solutions adaptées aux réalités du continent. Rien d’intelligent, mais une puissance de calcul. Rien d’artificiel, mais des serveurs de haute capacité. Ce que l’on appelle IA est déjà utilisé depuis longtemps par les plus grands groupes dans leurs modèles d’optimisation et d’amélioration des algorithmes.

Pourquoi certains vous surnomment-ils « l’homme de l’ombre des partenariats » ?

Parce que je privilégie l’efficacité à la visibilité. Beaucoup de projets voient le jour grâce à un travail discret de négociation, de rapprochement d’acteurs et de construction de confiance entre partenaires qui parfois ne se connaissent pas. Mon rôle est souvent celui d’un facilitateur qui permet aux idées de devenir des réalisations concrètes.

Certains vous appellent également « le Magicien ». D’où vient ce surnom ?

Le surnom de « Magicien » ne vient pas d’un tour de passe-passe, mais de ma capacité à transformer des situations qui paraissent bloquées en opportunités concrètes. Au fil des années, j’ai été sollicité sur des dossiers complexes où les partenaires ne se parlaient plus, où les financements semblaient impossibles à réunir ou encore où les projets paraissaient irréalisables. Mon travail consiste à identifier les connexions invisibles entre les personnes, les institutions, les investisseurs et les projets. Là où certains voient des obstacles, je cherche des solutions et des convergences d’intérêts. On me surnomme ainsi parce que j’ai la réputation de faire émerger des partenariats inattendus, de rapprocher des acteurs qui n’auraient jamais imaginé travailler ensemble et de donner vie à des projets ambitieux dans des environnements parfois complexes. Mais la réalité est plus simple que la magie : derrière chaque réussite se cachent du travail, de la persévérance, une vision stratégique et un réseau construit au fil des années. Ce surnom vient souvent du résultat final, sans que l’on mesure toujours les heures de préparation et de négociation nécessaires.

 

Quelle place occupe la jeunesse dans votre vision du développement ?

La jeunesse est au centre de tout. Chaque projet vise à créer des opportunités, de l’emploi, des compétences et de l’espoir. L’Afrique possède une jeunesse dynamique, créative et ambitieuse. Il faut lui donner les outils nécessaires pour transformer cette énergie en croissance économique durable.

Comment attirer davantage d’investissements dans les projets numériques africains ?

Les investisseurs recherchent avant tout la stabilité, la visibilité et la confiance. Les États doivent créer des environnements favorables à l’investissement, renforcer la sécurité juridique et promouvoir les partenariats public-privé. L’Afrique doit mieux structurer et valoriser ses projets pour attirer davantage de capitaux internationaux.

Quel est votre moteur personnel ?

La conviction que le développement de l’Afrique passera par ses talents. Lorsque l’on contribue à créer une infrastructure, une startup ou un programme de formation qui change la vie de milliers de personnes, on participe concrètement à l’avenir du continent.

Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs africains ?

Investissons massivement dans le savoir, l’innovation et les infrastructures de demain. Les ressources naturelles ont longtemps constitué la richesse de l’Afrique. Aujourd’hui, la véritable richesse réside dans le capital humain. Les pays qui réussiront seront ceux qui feront du numérique, de l’intelligence artificielle, de l’entrepreneuriat et de la formation les piliers de leur développement.

Comment aimeriez-vous que l’on se souvienne de vous ?

Comme un bâtisseur d’opportunités et un créateur de ponts entre les continents, les institutions, les investisseurs et les talents. Si mon action a permis à quelques jeunes entrepreneurs de réussir, à des projets structurants de voir le jour et à des pays d’accélérer leur transformation numérique, alors j’aurai accompli l’essentiel. Car le développement ne se mesure pas aux projets inaugurés, mais aux générations que l’on aide à construire.